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Dominique Porte et Alain Francoeur

Un homme et une femme

Autour du Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók

Un homme et une femme : deuxième meilleure production en danse de 2007 selon l'hebdomadaire Voir!

"Pour l’audace et le génie dont Dominique Porte et Alain Francoeur ont fait preuve en traduisant en murmures gestuels le drame psychologique contenu dans la musique du Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók." Fabienne Cabado, journaliste et critique de danse

Rencontre entre Dominique Porte et Alain Francoeur

Notre désir d'artiste a été de nous compromettre, de nous plonger dans une situation où le questionnement artistique de ce que nous sommes a mis en relief aussi ce qui nous dépasse.

La première rencontre entre Alain Francoeur et Dominique Porte a eu lieu il y a un peu plus de trois ans alors qu'ils chorégraphiaient tous deux pour Anne Lebeau dans un Projet Interprète produit par Danse-Cité. Cette collision humaine et artistique a tout de suite été significative et passionnante sur le plan d'une philosophie commune. Malgré des univers diamétralement opposés, de nombreux intérêts les ont reliés face à la démarche de création, autant dans le questionnement de la place de l'interprète que de celle du chorégraphe. C'est ainsi que le désir d'un échange rigoureux et d'une contamination mutuelle face à leur approche artistique respective, les a menés à la réalisation du projet Un homme et une femme.

Le défi de cochorégraphier et de cointerpréter l'intégralité d'un opéra s'est alors imposé. Pour Dominique Porte, il s'agissait de poursuivre une démarche amorcée sur le dialogue corps et musique, et pour Alain Francoeur, de s'alimenter à même une structure dramatique existante pour développer un enjeu poétique où le corps est mis de l'avant.

Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók répondait à ces attentes : un opéra en un acte à deux voix, un homme et une femme; une intensité dramatique palpable que l'on retrouve à l'intérieur d'une structure musicale complexe; un univers poétique qui met en relief la complexité des rapports humains, la quête de l'autre à travers ses propres désirs qui mène à la perte de chacun. Cette oeuvre contemporaine apparaît comme une métaphore de nos rapports humains actuels, où le désir de rencontre de l'autre alimente la peur de perdre sa propre identité. Par contre, pour Alain Francoeur et Dominique Porte, le corps devient ici le seul véhicule de communication, mais comment danser une tragédie?

Pour nous, au départ, le défi a été de s'approprier la musique. Devant la force de cet univers, nous avons dû faire des choix précis pour ne pas être noyés dans ce raz-de-marée d'intensité. L'histoire présente deux êtres qui sont inexorablement liés par une force qui les englobe, et la musique se veut une extrapolation de leurs états intérieurs. Il s'agissait alors de ne pas danser sur la musique, ni à côté, ni en réaction, mais bien d'accepter d'être traversés par elle. C'est ainsi, au fur et à mesure, que notre travail nous a menés à une grande épuration face à nos choix artistiques. Nous avons creusé chaque idée chorégraphique pour y trouver son essence dans une simplification de la forme, et ainsi arriver à une sophistication du corps dansé proposée par le fond où des états sont mis de l'avant. Notre approche s'est concrétisée dans une succession de séquences qui propose une sobriété proche du Haïku japonais. Si nous avons délibérément voulu ne pas illustrer l'histoire, elle reste, somme toute, omniprésente, car on ne peut dissocier la trame dramatique, mise de l'avant par l'interprétation des deux voix chantées, de la construction musicale qui complexifie ces relations. À travers Barbe-Bleue et Judith, nous sommes d'abord nous-mêmes, un homme et une femme, dans le désir d'une rencontre. Il s'agit d'une collision des genres au delà de la féminité et de la masculinité qui met en évidence l'humain que nous sommes. L'espace vide, la scène, se présente comme un dessin invisible, et de ce dessin, nous en faisons apparaître des traces que nous rendons visibles. Nous entrons dans cette danse non pas dans une volonté d'action, mais portés par une force qui suggère la motivation du déplacement, une tension spatiale, dans des états qui résonnent en nous et nous porte à agir. La démarche de collaboration du projet Barbe-Bleue propose un questionnement réel sur la création. S'y confronter réanime une vitalité artistique qui alimente nos démarches respectives et nous déstabilise, sainement, dans notre position d'artistes engagés.

Alain Francoeur et Dominique Porte
Février 2007

Dossier de presse :: Communiqué ::

Un homme et une femme
Première : du 20 au 24 mars 2007, Agora de la danse, Montréal
Interprétation et danse : Alain Francoeur et Dominique Porte
Musique : Le Château de Barbe-Bleue, Béla Bartok
Livret : Béla Balazs
Analyse de l'oeuvre musicale : Charles Papasoff
Dramaturgie : Michèle Febvre
Conseillère artistique : Christine Charles
Répétitrices : Christine Charles et Sophie Corriveau
Spatialisation sonore : Laurent Maslé
Éclairage : Julie Andrée T.
Photographes : Sylvain Fortin, René Foley